jeudi 10 mai 2012

La vieille dame en bleu

C'est l'histoire d'une vieille dame habillée de bleue, à l'élégance harmonieuse, si vieille que ses os ne perçoivent plus le soleil, que les rayons méridionaux ne peuvent plus réchauffer, qu'à l'heure de la terrasse/Tshirt, elle traverse lentement, frêle silhouette enveloppée dans un manteau, courbée,  déséquilibrée et emportée par le poids d'un carton, vacille, se rattrape et s'agrippe à sa canne.

J'hésite à la photographier, la Dame bleue au carton. Mon appareil posé à mes côtés sur la table, attend ma décision. Elle est si fragile, je ne veux pas la blesser, je crains qu'elle ne se méprenne sur mes intentions.

J'attends qu'elle m'ait dépassée pour pouvoir la shooter, me saisir de sa présence en préservant son âme.

Je retourne à ma conversation. Mais voilà par mon acte la Dame bleue au carton a retenue l'attention de mes camarades. Ils s'interrogent, où va-t-elle, est-ce loin, habite-elle seule, de quoi est faite sa vie. Nous parlons de nos angoisses, de la vieillesse de la solitude. Des gilets se posent sur les épaules, des mains se frottent, un souffle de tristesse nous enveloppe.

Et nous nous tournons dans sa direction, la cherchant au loin, pour un silencieux adieu. Nous ne l'y trouvons pas.

Et soudain, nos yeux s'habituant à la lumière, nous la découvrons, là, à quelques mètres, son dos dissimulé par un maigre palmier, confortablement installée, assise sur son carton.
Est-il si solide, est-elle si légère ?

Elle assiste au spectacle de la jeunesse bruissante pulsante et rieuse. Elle est là seule, elle s'évade, elle s'oublie, et s'effacent les douleurs, et disparaît le temps.

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